L’évolution de l’agriculture urbaine en France

"L'agriculture urbaine s’insère bien dans une boucle alimentaire territoriale qui prend en compte toutes les strates agricoles".

expert agriculture urbaine

Antoine Lagneau est chargé de mission « agriculture urbaine » à l’agence régionale de biodiversité d’Ile-de-France (ARB-îdF). Il intervient régulièrement dans des Masters formant à l’Écologie urbaine et à la transition écologique. Il participe également à de nombreux ouvrages, et est chercheur associé dans le Laboratoire Interdisciplinaire de recherche « Sociétés, Sensibilités, Soin » de l’Université de Bourgogne. Il revient avec nous sur le développement de l’agriculture urbaine en France et sur les opportunités de ce mouvement.

Pourquoi selon vous l’agriculture urbaine rencontre-t-elle un tel succès aujourd’hui ? Quelles sont les évolutions du secteur ?

Ce qu’il faut d’abord savoir sur l’agriculture urbaine, c’est qu’on en faisait déjà auparavant sans le nommer. Au début des années 2000, il y a eu une forte demande des urbains de reconnexion avec la nature. Les jardins partagés ont été le creuset de ce renouveau de l’agriculture urbaine en France et en Europe. À partir de là, la demande a été de plus en plus forte de nature, mais aussi de nature comestible et d’envie de produire, de jardiner, au cœur de la ville

L’envie de nature a aussi été renforcée par la crise économique de 2008, qui a conduit beaucoup de personnes à imaginer comment ne plus dépendre des supermarchés pour s’alimenter. L’agriculture urbaine est qualifiée en ces termes depuis 2010. Et à partir de 2014, avec l’intérêt nouveau des collectivités pour ce mouvement, on a assisté à la volonté de massifier le secteur sur les territoires. On est alors passés d’une agriculture urbaine qu’on pourrait dire « activiste » à une agriculture urbaine qui aujourd’hui se découvre des envies de professionnalisation et de production à grande échelle.

L’agriculture urbaine relève-t-elle plus aujourd’hui d’une opportunité économique ou d’un réel projet de société ?

Le secteur n’est pas aujourd’hui très compétitif. Entre la volonté d’en faire une agriculture très productive et la possibilité qu’elle le soit, il y a un gap. On ne dispose souvent que de petits espaces, et on va donc avoir la nécessité d’utiliser des systèmes high-techs ou d’avoir recours à des systèmes agricoles productifs.

Il y a aujourd’hui de nombreux acteurs variés et on se trouve désormais à la croisée des chemins. Certains sont convaincus que ça participe d’un projet de société et sont foncièrement honnêtes sur leur vision de l’agriculture urbaine comme faisant partie d’un ensemble de changements à mettre en œuvre dans la société. Mais ce n’est pas une opportunité économique car le secteur reste toutefois un marché de niche, avec des produits très chers et pas produits à grande échelle.

De nouveaux métiers sont-ils apparus ?

En lui-même, l’agriculteur urbain est un nouveau métier, dont on parle depuis cinq ans. Mais certains, peu cependant, ont participé au renouveau d’un métier qui existait déjà. Il y a toujours eu du maraîchage dans les villes, jusque dans les années 70. D’autres métiers y sont également connectés, et ont émergé notamment dans les collectivités  Des chargés de mission développement durable se spécialisent sur la végétalisation comestible et sur l’agriculture urbaine. Certaines programmes et axes politiques visent même à en faire un levier de végétalisation de la ville. Cela nécessite une nouvelle approche de métiers qui existaient auparavant, avec la prise en compte de la biodiversité, de dimensions agronomiques, etc.

L’agriculture urbaine peut aussi participer à une évolution des métiers du social, en complétant certains aspects de la palette des travailleurs sociaux pour notamment intervenir dans des quartiers populaires. Les populations de ces quartiers sont souvent déconnectées de la nature, connaissent des problèmes liés à la question de l’alimentation et sont souvent partantes pour retrouver une activité liée à l’agriculture et à la nature.

Comment pourrait-on aujourd’hui favoriser le développement de l’agriculture urbaine, de manière complémentaire à l’agriculture rurale ?

L’un ne remplacera jamais l’autre, surtout sur le continent européen. On a aujourd’hui encore la chance en France de disposer d’assez de terres agricoles. Il y a un véritable complément à trouver entre les deux. En soi, l’agriculture urbaine a toujours existé, cela a toujours été un besoin. Pour le maraîchage notamment, il vaut mieux être à proximité des consommateurs. On s’insère donc bien dans une boucle alimentaire territoriale qui prend en compte toutes les strates agricoles.

L’agriculture urbaine n’est pas forcément le meilleur terme mais celle-ci a aujourd’hui une dimension très familiale dans ses formes, via les jardins familiaux et les jardins partagés. En rêvant un peu, si chaque foyer pouvait bénéficier s’il le souhaitait d’un lopin de terre, d’une centaine de mètres carrés, pour produire une partie de son alimentation, il y aurait des vertus alimentaires, sociales, physiques. Cela viendrait s’inscrire parfaitement dans la palette agricole territoriale.

Le fait de privilégier le développement de ces types de jardins signifie aussi qu’on privilégie l’agriculture en pleine terre, quand on le peut, ce qui a un impact en termes de biodiversité, de changement climatique, de préservation des sols, et des trames vertes et bleues, qui sont indispensables en matière de biodiversité et de nature en ville.

HISTOIRE COURTE DE L’AGRICULTURE URBAINE

L’agriculture urbaine est déjà pratiquée au cœur de la civilisation sumérienne, en Mésopotamie, dès -4 000.

Au XIXe siècle, c’est déjà sur le territoire de la « Plaine des Vertus » (d’Aubervilliers à La Courneuve), que la Ville de Paris se fournit en fruits et légumes. Le maraîchage réduit sa zone avec l’industrialisation, l’urbanisme et le chemin de fer.

L’idée de « jardins ouvriers » lancée avant la Première Guerre mondiale par l’abbé Jules-Auguste Lemire installe le principe de donner une indépendance alimentaire aux foyers.

Puis dans les années soixante-dix, le mouvement de transformation de zones de friches industrielles en zones de culture agricole se développe en Amérique du Nord, jusqu’à se développer plus récemment en Europe et en France.

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